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Brigitte DAILLANT

anime les ateliers d’écriture, ayant participé au 89 et autres numéros, son texte-souvenir d’enfance se lie au terme phare du dossier.

Russie

Bons baisers de Russie

« Mes hommages, Madââme » puis il lui baisa la main.
Du haut de mes huit ans, je le vis, élégant, élancé, se courber lentement vers ma grand-mère puis, la courbette en arrêt, amener la main gantée de mon aïeule vers ses lèvres.
Je notai qu’il l’effleura.
Très vite, il se redressa et la conversation commença, brève, discrète, délicate, respectueuse.
Enfin ma grand-mère me fit signe, un échange muet tel un ballet s’exécuta sous la forme d’une conversation de hochés de têtes gracieux et distingués auquel je participai joyeuse, étonnée.
Il tourna les talons et notre marche reprit.
La seconde suivante, j’inondais ma grand-mère de questions :
« Pourquoi? Comment ? Qui ? Et dans la rue !!! »
« Ce Môôsieur est un Russe Blanc ma chérie, ce baisemain montre sa parfaite éducation ! »
Un russe blanc ? Une question en amène une autre… Qu’évoque cette couleur pour une fillette ? Pureté ? Maladie ?
Grand-mère semblait repue d’aise et je la vis imperceptiblement se redresser. Etrangement son dos semblait ne plus la faire souffrir.
Je n’en compris pas plus, on me parla de Révolution, de Tsar, de bolchévisme, de sang, d’injustice et je gardai en mémoire jusqu’à aujourd’hui les hommages rendus à la dignité de mon aïeule, célébrant du même geste l’histoire d’un pan de la Russie du début du XXème siècle et la presque majesté de la mère de ma mère.

Brigitte Daillant

Attirée par toutes formes d’expression et d’animation, dans un désir de découverte mutuelle et d’apprentissage, ce texte lui est venu comme un cri. Une écriture sonore voulant saluer le pouvoir des mots à l’œuvre dans La Grappe.
Les auteurs du dossier

Plicature : fait de plier. Par extension, ce terme désigne les Poilus blessés, évacués, soignés mais dont les articulations restent pliées sans cause organique visible. Le docteur Clovis VINCENT (neurologue et grand patriote) innove alors un traitement infligeant aux malades des chocs électriques de 60 à 120 milliampères destiné à « redresser » ces soldats considérés comme simulateurs... Le refus de ce traitement par le zouave DESCHAMPS permettra aux législateurs de faire avancer la question du choix possible de son traitement par un individu mais l’impossibilité pour le soldat d’y participer. Aujourd’hui, le trouble de stress post- traumatique est reconnu mais reste très difficile à dépasser.

  

Plicaturés

« Lâches, salauds, cochons, trouillards, embusqués du cerveau, trembleurs en errance, blessés sans blessures, soldats inconvenants, honte de la patrie. »

Plicaturés évacués. Plicaturés arc-boutés, tordus, désarticulés, effondrés, hantés, hallucinés, confus.
« Ont la vie belle tous ces planqués gibier d’asile. »

Sont torturés à l’électrothérapie traitement infaillible de la lâcheté promettant un retour au front sous la grenaille.
Inconscients résistants à la terreur, cobayes exploités d’une médecine mécanique organique.

Soldats hébétés d’effroi. Non héros, non martyrs….

Hommage à vous les lâches, les salauds, les cochons, les planqués pionniers de la neurochirurgie.
Héros confus du refus du sujet, de la folie des combats.

Héros du conflit Devoir/Pouvoir.

Ni lâches.
Ni salauds.
Ni cochons.
Ni trouillards.