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Richard TAILLEFER

poète, partage avec nous l’émotion de ses amitiés poétiques. Publications de textes en recueils et revues dont La Grappe.

À Julie, Fabian, Réginald, Jean, André,
Yves, Jacques, Pierre, Claude…

Avant que ne gronde de nouveau l’orage dans ma tête

Mes amis, mes camarades de PoéVie et de tous ces combats que nous n’avons jamais gagnés. Mes sublimes déserteurs. Vous, que j’ai tant aimé, vous êtes encore là, omniprésents, vagabondant entre les pages de ce carnet qui m’accompagne tard dans la nuit. C’est comme dans une maison où la table d’hôtes brouillonne encore de vos paroles, de vos rires, de vos colères, de nos illusions. C’est vrai que vous n’êtes pas des morts discrets et fréquentables. Toujours à douter de tout. De véritables acrobates qui sautent à pieds joints sur toutes les banalités de cette époque de perroquets, de moutons de Panurge. De temps à autre, vous sifflez l’armistice pour une bonne bouteille de Côtes du Rhône Valréas. Je la boirai jusqu’à la lie, d’un seul trait, pour me rapprocher de vous. Je me souviens de cette jeune fille, déjà vieille, affalée sur le canapé. Il y a bien longtemps qu’elle a tiré sa révérence. On s’attendrait à la voir surgir entre deux sommeils, avec ses dents de gourgandine ! gantée de noir, en délicieuse chasseresse à la chevelure interminable. Mes vénérables soiffards de première communion, il m’arrive, de vous imaginer, debout sur une estrade, en illusionnistes inattendus et maladroits, tirant une longue langue de belle-mère apprivoisée. Aux premiers prétextes, vous renversiez les verres, marmonnant, les uns plus haut que les autres, vos fausses querelles phénoménales, tel des anges gardiens de la fontaine des Saints-Innocents. Vous êtes ces petites choses envahissantes qui me raccrochent au mur délabré des vivants. Cette nuit, je ne dormirai point. Je resterai en état de veille, la porte grande ouverte, au cas où l’envie vous prendrait de passer par là.

Avant que ne gronde de nouveau l’orage dans ma tête

(*)Fabian Cerredo, Réginald Pavamani, Jean Dauby, André Laude, Yves Martin, Jacques Gasc, Pierre Courtaud. Julie Taillefer, ma fille. Claude Taillefer, mon frère.

« Une vie défaite »

Confidences posthumes avec l’écrivain Jorge Semprun.
Un matin de janvier au cimetière de Garentreville
en Seine-et-Marne où il repose.

D’une classe vaincue je suis le fils. J’ai connu le goutte à goutte de l’amertume profonde. Je suis revenu de nulle part, là où beaucoup d’autres ne reviendront jamais. J’ai fait un grand voyage avec pour seul bagage l’écriture ou la vie. Se taire est impossible, pour celui qui a connu l’exil – Jamais d’oubli ! Entre deux mémoires, je préfère l’autre. Parfois le temps du silence, ce je t’aime je t’aime. Et si c’était ça la vie ? Avant l’aveu, avant la peine et les plaines barbares. Cette mort qu’il faut, qui viendra un jour forcément, comme une tombe aux creux des nuages. Je sais, qu’en mai, renaîtra la fleur nouvelle. Par un beau dimanche, une femme à sa fenêtre, annoncera le printemps. Heureusement qu’il y a encore des hommes et des femmes pour raconter l’inimaginable. Mais sachez que je n’aurai pas aimé être le dernier survivant.

Je vous passe le témoin.

Ses amis ont exprimé le souhait de se réunir pour célébrer sa mémoire, en créant une association qui n’aura pas pour seul objectif de perpétuer le souvenir de Jorge Semprun, mais aussi être un lieu vivant de rencontre, de discussion, de débats, de conférences et colloques, de recherche sur l’homme Jorge Semprun et sur ses engagements, ses combats. 
Première collectivité territoriale à avoir adhéré à l'Association des Amis de Jorge Semprun (AAJS), la Ville de Vaux-le-Pénil, lui rendît hommage du 15 au 21 mai 2013 à la Ferme des Jeux. Cette manifestation organisée en collaboration avec l'AAJS et le Think Thank Altaïr fut notamment l'occasion de voir ou revoir plusieurs films (Z, L'Aveu, Stavisky...) dont Jorge Semprun a été le scénariste et d'assister à la signature de la convention qui fera de la bibliothèque de Vaux-le-Pénil la dépositaire du fonds Jorge Semprun. 

Association des Amis de Jorge Semprun 
7 Avenue Patton • Bâtiment C •  77000 Melun • France

Avec Richard Taillefer, on parle d’un nouveau Festival de poésie

Dimanche 12 octobre 2014, au Salon Littéraire de Vaux le Pénil, dont nous saluons l’accueil réservé aux auteurs et éditeurs invités par l’équipe de la Ferme des Jeux, La Grappe rencontre ses lecteurs et aussi des auteurs comme Richard Taillefer, poète, auteur de recueils de poésie, co-fondateur de Poésimage et initiateur d’un nouveau Festival de poésie dans son village natal.

F comme festival

La Grappe : Alors Richard, cette création du premier Festival de Poésie de Montmeyan en juillet 2014, ton village provençal, raconte !

Richard Taillefer : Depuis quelques années, un grand nombre d’amis souhaitaient que nous nous retrouvions, en renouvelant l’expérience vécue au temps de Poésimage la revue poésie et arts plastiques que nous animions de 1981 à 2001 à Savigny-le-Temple. Il nous fallait créer un évènement convivial, ouvert sur la poésie sans cloisonnement, ni élitisme, l’approche réelle de l’écriture de qualité.

La Grappe : Rappelons-le, avec Michel Méresse vous organisiez débats et de belles lectures toujours suivis d’un banquet rapprochant le public des auteurs.
Pour Montmeyan, il te fallait réunir toute une équipe autour de toi !

E comme équipe

Richard Taillefer : J’ai fait appel à des auteurs proches du manifeste « Poésie pour vivre » de Serge Brindeau et Jean Breton.
Période emblématique des années 70/90 et des revues Poésie 1, Vagabondages. Biga, Lesieur l’inusable animateur de Comme en poésie, Michel Méresse (La Sape), Jacques Morin ( le Jacmo de Décharge), Eric Dubois ( Le capital des mots, revue du Net). Guy Allix, rencontré lors des feux de bois de La Sape.

S comme sud

La Grappe : Tu t’entourais des auteurs français du nord, et ceux du sud ?

T comme territoires

Richard Taillefer : Le sud c’est avec Christophe Forgeot, auteur installé à Toulon et un chanteur occitan Daniel Daumàs, auteur interprète, « né les deux pieds dans le Verdon ».

I comme international

Richard Taillefer : La dimension internationale a été donnée dès ce premier Festival grâce à la présence de Carjo Mouanda (Congo) et Abbassia Naïmi (Algérie).

V comme village

Richard Taillefer : Pour héberger les intervenants, je me suis appuyé sur la tradition de cet accueil qui animait les fêtes du village. Les quarante trois artistes présents ont été logés chez les habitants pendant les deux jours du festival.

A comme âmes

La Grappe : Préparer un village de 600 âmes à ce bouleversement, ça n’a pas dû être facile.

Richard Taillefer : D’autant que nous avons fait le plein, soit 250 spectateurs à chaque spectacle ou évènement. Pour que les 600 habitants du village accueillent 1000 visiteurs sur deux jours, il faut les convaincre et les associer à la préparation. Au début, on nous a pris pour des fous. Et puis, il faut savoir que préparer deux jours de Festival prend deux ans environ pour : contacter les artistes, mobiliser la population et surtout trouver les financements. La création de l’association porteuse du projet a révélé peu à peu des savoir-faire d’habitants ignorés de nous jusque-là. L’un pouvait imprimer des flyers, un autre proposait de réaliser un calicot de présentation, un expert comptable a rejoint l’association et bien d’autres ont mis leurs compétences au service de cette animation culturelle inhabituelle.
Ce type de projet autour de la poésie prouve que l’originalité de la proposition peut susciter l’intérêt et l’adhésion.

L comme lectures

La Grappe : Certains pourtant, devaient vous attendre au tournant, comme on dit…

Richard Taillefer : On a misé sur la diversité des spectacles, chansons, poésie, scène ouverte, lectures suivies de signatures en privilégiant les rencontres, le partage, la fête par le banquet. Tout faire pour que personne ne se sente exclu. Pour réussir ce pari, on tenait à la qualité des interventions, avec notamment la venue du Sociétaire de la Comédie Française Bruno Raffaelli dans son adaptation de Le Grand Troupeau de Giono, et d’autre part à la qualité de la réalisation technique dans des lieux comme la salle du restaurant ou la salle de coopérative. Pour assurer les meilleures conditions possibles aux acteurs et au public, nous avons eu la participation bénévole d’une société de sons et lumières. Les gens ont dit : « On ne se croyait plus à Montmeyan. » Ce festival : c’est un village transformé pendant deux jours et des rencontres entre artistes qui favorisent de nouveaux projets.
La Grappe :2015 des prévisions ?
Richard Taillefer : Le 7 août 2015, lors d’une scène ouverte, on annoncera le programme des 5 et 6 août 2016 du 2ème Festival Montmeyan en poésie.

Propos recueillis par Colette Millet