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Philippe Monneveux

Philippe Monneveux Agronome de formation, a publié dans des revues françaises et mexicaines en version bilingue. Vit au Pérou en attente de départ vers un autre pays d’Amérique latine.


CHERCHER PLUS LOIN

chercher le bout des chaînes
ou celui d’un chemin où s’enferment nos pas
chercher
mâture haute
gréement serré
l’étoile-mère de nos veines

et l’ange blanc peut bien se taire
car le secret
une fois saisi
par d’humides regards amoureux d’herbes inconnues
ou par les mots qui passent
d’inattendues rencontres en rendez-vous étroits
l’on peut partir bien loin
pour délier les nœuds du froid
et rassembler les fruits
échappés comme étoiles d’une enclume d’argent
dans les nuits claires d’innombrables printemps


LES NOMADES

Les nomades se croisent, puis leur ombre s’évanouit dans un soupir du temps.
La soif est longue, l’exil est un désert et l’arbre est sans racine.
Les sables sont les pailles d’or de rêves sans repos.
La mémoire est parfum d’un lieu
et la source
arrachement ou cicatrice.


IMMINENCES DU PARTIR

Dans le temps, sur les feuilles, dans le sillon qui se déchire et le creux de la main, il y a les lueurs du hasard, le bruit des ailes du couchant, la vague que l’on porte, la voix étouffée, la glace qui tremble dans l’air libre et puis la flamme qui danse sur les rebords du temps. Paysages confus des réminiscences, coquelicots que le vent a cueillis, simples caresses au fond de la mémoire, fil brûlé des souvenirs qui meurent.

Partir. La distance est parsemée d’étoiles, la lueur des signaux dans la nuit tombée se mêle à la clarté à peine visible de la voûte. Partir. La nuit, manteau tremblant brodé par la lumière, les étincelles d’or qui crépitent au couchant, les perles du levant, les yeux percés par les rayons brûlants. Partir. Les feuilles tremblent. Encore quelques instants. C’est le jour qui attend, le vent qui se déploie et la voix qui appelle la première étincelle, le soleil qui s’arrête au volet, l’ombre qui traîne en attendant on ne sait quoi : un regard en arrière ou bien l’eau du printemps…

L’aile se met à battre, la grille tourne, la porte tranche les mots et l’horizon enfin s’ouvre d’un geste. Au loin la foule passe et le monde s’efface. L’enfant en nous s’étonne. Ses yeux sont deux minces lueurs qui se glissent entre ces gens venus d’ailleurs. A travers les détours, l’espace grandit, le rêve éclate au jour, voyage dans le bleu du ciel ou le noir de l’orage, spectacle changeant au moindre mouvement. Inconnu merveilleux dont notre vie se pare à travers l’eau et les ornières.


L’AUDACE DANS LE SILENCE DE LA NUIT

Chacun apporte sa rigide misère, le secret de ses peurs, et le frisson qui le parcourt. Marche forcée poussant nos pas sans les connaître.

L’autre vue, c’est s’arrêter un rien, car la patience est en question et l’heure exacte, vérité passagère. S’appliquer au silence qui enflamme les lèvres, aimer à se saisir et parvenir à se surprendre, jouir du refus, tuer l’hésitation, apprendre à lire sur des traits inconnus et croire pour toujours à l’avenir des mers. En perdant la prudence, s’en retourner une autre fois où l’on n’a pas su être, et recueillir la flamme aux mains de l’imprévu.

L’air s’éloigne de la tête et des épaules quand les sillons cherchent l’audace dans le silence de la nuit.


REGARD VRAI

Ces vieux murs ne t’appartiennent plus. Tu as soif de fuir hors des passages engourdis, et de tenter des jours troublés et imprévus, de jeter plus loin ton ombre, bien au-delà des méprises élogieuses, pour ce lieu, d’abord, du dialogue des miroirs et de la variété de ses apparitions, phénomènes aux issues incertaines.
Il faut alors taire pour un temps encore tes cris que tu croyais faits pour être entendus, car rien ne presse dans la lente ascension des crêtes de la solitude.

De là tu saisiras enfin la forme vraie du jour.
Le soleil, la lune et les étoiles, tous ensemble mélangés, convergeront vers ton regard.
Tu contempleras enfin ton propre présent, accumulé, et les deux points, du commencement et de sa fin.