Daniel Abel

Désert

À fleurir d’une lèvre un port quelque part flèche heureuse du voyage une berge un rivage la source sur laquelle tu te penches pour te désaltérer désert y implanter un verger d’incorruptible sève désert tous les visages même visage un seul promesse de fontaine ayant si longtemps cheminé ai-je démérité d’Ariane ?

En le désert par les dunes de silence de seuil à seuil ne déboucher que sur la lumière aérer la pénombre une paupière un visage un sourire un regard en le désert de colline à colline Sisyphe véhiculant obstinément son grain de sable en le désert assoiffé d’étreintes de corps à corps avec le plaisir avide d’une langue de rosée d’une bouche de fraîcheur d’un verbe vivifiant en le désert est-ce mirage de noria le parfum du désert est de sel le silence est blanc en le désert le chemin se succède à lui-même on n’en finit de marcher sans parvenir à amenuiser la distance aucune main ne se tend généreuse si une adolescence ne fait fleurir une ombre éclore un murmure une tige avec un peu de… vert.

Où commence finit le chemin le paysage succède au paysage grain à grain mot à mot le silence fait écho au silence des troupeaux ont migré des caravanes sont devenues sable. Tous les chemins qui mènent au désert doivent préserver au cœur du voyageur un espoir de traversée heureuse un souhait d’arriver entier à un port une rive une halte d’eau vive et de verdure frémissante palmes haleines nervures tous les chemins dans le désert se ressemblent si n’apparaît tout à coup une fleur, tige et corolle, corolle et visage, visage et souffle de vie…

En le désert les chemins se perdent si l’esprit du vent se déchaîne si au soleil ne s’appose au cours de l’errance un brin de verdure une clarté joueuse si un puits ne se présente à l’assoiffé dans le désert le silence a épaisseur de muraille densité de matière enlisée en le désert tous les sentiers divergent ne mènent nulle part il faut qu’une oasis apparaisse qui ne soit mirage dérobade au terme dans le désert à fleur de peau tu tentes d’avancer nu et fragile humain et solitaire en le désert tu te perds parole de sable épaule de dune en le désert l’empreinte des pas tôt effacée la nuit froide et coupante les étoiles lointaines si tu n’as près de toi une chair tiède une fontaine de fraîcheur tu deviens… désert.

Daniel ABEL

Pantanal     sud-ouest du Brésil

Ailes battantes sur les corolles des orchidées sauvages, des népenthès
toutes livrées éclatantes les papillons en nuée chatoyante, rétractable, infiniment extensible…
Ailes encore, tantales, spatules, grandes aigrettes, ibis…
Sur terre iguanes et râles de Cayenne, ordalies du Chaco s’éparpillant en caquetant
coatis s’élançant vers la forêt
milans à bec mince buses des savanes figés dans la pose du veilleur l’oeil fixé sur les étangs sur les berges desquels des jabirus en quête d’anguilles enjambent les caïmans faussement somnolents…

Le plus riche sanctuaire d’oiseaux des marais d’ Amérique
s’entrecroisent les flux migratoires
tantales des pampas argentines, tyrans des pentes occidentales des Andes, balbuzards, goglus
chevaliers à pattes jaunes des marécages d’ Amérique du Sud
palpitent les ailes d’insoumission à tout esclavage, enivrées d’azur, de grand large et follement follement…
libres

Peuples des aires de liberté
cardinaux, tyrans, kiskidis, fourniers, hirondelles des rivages
obstinément un pic vert martèle temps de hantise
des perruches souris tressent leur nid en forme de nacelle
un oiseau vacher scintille tel un émeraude…

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