Jean-Pierre Nicol

Longtemps marcher

(extraits)

Gésir dans les ténèbres
à moins d’un prompt jailli
d’une trace espérée
qui ne fut qu’éphémère

*
Ainsi le bleu
de perpétuelle errance
s’assigne comme un feu
cette neige salvatrice

*
Qui témoigne de la foudre
n’a plus conscience d’espérer

Qui, par le vent tressaille
accepte son chemin

*
Sous une viorne
regard d’insecte

blanc
comme celui d’une mante

qui croise l’archipel des mots durcis

Pétrification d’une langue
d’où saignent en silence
les bleus de Giotto

*
Dans l’écart
comme dans le saillant
toute infortune te désigne
et t’accompagne

*
Rêve coupé du jaune
aux vastes étendues en sommeil
que je n’ose plus nommer friches

Montagnes qui se chevauchent
jusqu’à
               l’éblouissement du blanc

*
La faim du regard
ruine le paysage
auquel je m’attable

En sursis
l’olivier éclairé par le vide
redevient verbe

puis prend chair

*
Plus d’horizons possibles
Le manque ne traduit pas le vide
mais l’épure

*
Qui se courbe sur la pierre
ô guetteur épanché complice de sa mort

n’est plus qu’une tour régnant
en ses châteaux défaits

à chaque heure du jour
comme conquise au désert

*
Ni grain ni preuves ni gain
Ni souffle éperdu
Ni aveu de faiblesse

Perdurant
l’éteule oblitère le regard
d’un champ couché
gagné à de neuves espérances

A tout égal
répondre par
la cendre dispersée.

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