Jean-Christophe Pages

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– Serait-il possible que tu nous précises dans un petit texte liminaire les liens que tu fais entre tes textes envoyés et les écrits bruts ? Amitiés.

Je recherche « liminaire » dans le dictionnaire.
Peux-tu me préciser ta demande ? La petite note pour le 74 ? JCP

– Quel est le rapport de tes textes avec l’art brut ou les écrits bruts ? Amitiés. (27 août)

Il se peut que je sois idiot.

13/09 : Peux-tu me fixer une échéance pour ce texte liminaire ?

– Fin novembre si cela t’est possible. Cordialement.

On note que les amitiés se muent.

17/10 : Précisions : texte liminaire pour quoi ? introduire mes textes ? lesquels ? ou pour le N° de la revue ? merci JCP

– Nous nous demandions simplement comment relier les textes que tu nous a envoyés à l’art brut, tes précisions nous auraient été utiles et celles-ci auraient pu constituer un texte introductif à tes textes intéressants. Cordialement.

Je trouve :
« L’art brut, c’est l’art pratiqué par des personnes qui, pour une raison ou pour une autre, ont échappé au conditionnement culturel et au conformisme social : solitaires, inadaptés, pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, détenus, marginaux de toutes sortes. 

Ces auteurs ont produit pour eux-mêmes, en dehors du système des beaux-arts (écoles, galeries, musées, etc.), des œuvres issues de leur propre fonds, hautement originales par leur conception, leurs sujets, leurs procédés d’exécution, et sans allégeance aucune à la tradition ni à la mode. »
Hum.
Je relève que l’adjectif « intéressant », placé en fin de phrase, fonctionne mal. Un texte introductif (liminaire ?) intéressant à tes textes. Sauf à trouver mes 5 textes intéressants.

Claude, je ne cherche pas à faire diversion, me soustraire à ma mission. Fin novembre.

Comment j’écris

Je prends une matière préexistante (documents, archives, noms de rues, articles, faits divers découpés dans le journal local) et je fais un agencement, trouve un rythme et ça fait de la littérature.
Je m’amuse.

Une amie me rapporte à l’instant cette phrase de Jean-Paul Dubois : « L’écriture, c’est la maladie mentale socialisée. C’est vivre avec ses névroses et en tirer avantage. »
Je ne sais pas quoi en penser.

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Claude,

Je suis un imposteur car je n’ai pas échappé au conditionnement culturel. On ne trouvera pas plus conforme socialement que moi. Je suis archi conforme. Je n’ai pas fait de prison.

Aucun de mes textes n’est un écrit brut. En dépit des apparences, tous sont extrêmement, minutieusement travaillés. Lus, relus, abandonnés, défaits, refaits, recollés dans d’autres textes, etc.
Mes personnages, en revanche, relèvent souvent de l’art brut. Ce sont eux les malades.

Je ne me prends pas assez au sérieux pour produire, en dehors du système, « des œuvres issues de mon propre fonds, hautement originales par leur conception, leurs sujets, leurs procédés d’exécution, et sans allégeance aucune à la tradition ni à la mode. »
Je lis beaucoup. Je recherche la mode. Je n’ai pas de fonds. Je manque souvent d’idées.
Dans la rosée appartient cependant à un autre registre. Il est inspiré de la réalité puis décalé, sans cesse, exagéré. Le narrateur finit par devenir un monstre ou un ogre.

J’écris en avançant. Je ne sais jamais où je vais ni quand ça va s’arrêter.
Ceci dit, je vois mon psychiatre une fois par mois. Qui me prescrit des anxiolytiques et somnifères.

Une anecdote rapportée par ma copine Gaëlle

Les Japonais brûlent les corps des morts, mais pas complètement. A la fin, il reste les os. Eh bien après, chaque proche, à l’aide de baguettes de cuisine, prend un os. Qu’en fait-il ? J’ai pas compris.

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Anxiolytique de la famille des benzodiazépines contenant de l’Oxazépam + générique qui traite les troubles de l’endormissement.

C’est pour ça qu’à table, les Japonais ne se servent jamais en même temps. Sinon, ça rappelle ce rituel. On se sert chacun son tour.

Le délire herméneutique

Qu’ai-je donc à voir avec les écrits bruts ? Un soupçon de bricolage, l’autodidacte revendiqué, une sorte de bêtise, l’exagération ? La troisième rive du fleuve ? L’abus de coq-à-l’âne ?

Je ne sais pas ce que j’écris. Dire ce que c’est. En parler dans une revue littéraire. Ou à la télévision. D’ailleurs, est-ce seulement de la littérature ?

Je me félicite de ne point trop donner d’interviews.

Claude, tu veux combien de pages ?
« Déprise de ses procédés discursifs et de ces exigences communicationnelles habituels, l’écriture a besoin de l’assistance de la folie qui maintient l’œuvre dans un état de mobilité ou d’inachèvement et qui interdit par avance toute tentative de rationalisation. »
Il y a toujours quelque chose d’inachevé, de raté dans mes textes. Je suis peut-être trop pressé.

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